2009 john Wood Paul Harrison


4 juillet - 21 septembre 2009

 

Depuis une dizaine d'années John Wood et Paul Harrison (respectivement nés en 1969 et 1966) ont mis leur corps au centre de saynètes burlesques, des sketchs composés pour être captés et restitués sous la forme de vidéos. Récemment, leur travail a pris une nouvelle dimension avec l'introduction d'objets usuels. Placés dans des situations étranges, ces objets sont devenus des cobayes à qui l'on chercherait de nouveaux usages. Parallèlement, la production d'affiches et d'éléments graphiques déployés dans l'espace d'exposition ainsi que la réalisation de pièces "physiques" ont fini de prouver la dimension résolument sculpturale de ce travail.

Une des qualités majeures de cette oeuvre réside dans la spontanéité de sa réception par le public, immédiatement frappé par l'évidence comique et formelle des propositions du duo. Mais paradoxalement cette oeuvre se construit sur une généalogie complexe. Ce sentiment d'évidence, de jeux de mots visuels se réfère aussi bien à l'histoire de l'alliance entre performance et vidéo qu'à l'héritage du cinéma burlesque muet et à une culture populaire du gag et du slapstick. Dans la famille de Wood & Harrison se croisent aussi bien les travaux de la chorégraphe Simone Forti, que les réflexions sur la théâtralité de Robert Smith ou les exploits forains des Flying Wallendas*, les cascades de Buster Keaton, les délires télévisés d'Ernie Kovaks2 et une tradition de colère contre le modèle muséal du white-cube. Faisant la part belle aux dernières oeuvres du duo, l'exposition du Musée départemental d'art contemporain de Rochechouart se déploie sur un étage entier du musée. Elle est l'occasion de découvrir une de leur dernière production Night & Day (2008), une oeuvre d'une demi-heure dans laquelle la lumière et l'ombre sont les premiers personnages. Un claquement d'interrupteur assure à la fois l'action et la liaison de cette succession de propositions pour des situations sculpturales, narratives ou tout simplement absurdes.


A l'inverse, c'est par un procédé de montage caché que les objets posés sur l'étagère de Shelf (2007) défilent dans un travelling marathon, assurant là aussi une succession indescriptible et difficilement mémorisable de scènes animées par un seul travelling. Autre mouvement, celui de Photocopier (2007) ou un photocopieur est détourné de sa fonction première pour devenir une machine d'animation post cinématographique.

* Dynastie de voltigeurs austro-hongrois connue pour le danger de leurs exploits, réalisés sans filet.

Vue d'exposition. Musée d'art contemporain de la Haute-Vienne, château de Rochechouart. Photo : Freddy Le Saux