Charlotte Moth


2 mars – 29 mai 2011

 

Née en 1978, Charlotte Moth a construit ces dix dernières années une œuvre entamée par des expérimentations sculpturales, mais aujourd'hui basée sur l'usage de la photographie. Son Travelogue est une collection photographique regroupant des centaines de clichés effectués depuis 1999. Architectures, espaces vides, éléments de décoration sont quelques-uns des sujets au centre de cette archive en recomposition permanente. Exposé de manière fragmentaire, cet ensemble peut également être commenté en étant confié à des tiers, autant de versions qui visent à l'esquisse de narration autour de ces images. Des éléments physiques, comme des rideaux, sont parfois utilisés par l'artiste pour poursuivre sa réflexion sur l'idée même d'image et de mise en exposition.
Si la question de l'architecture et de l'obsolescence des espaces qu'elle reproduit semble centrale dans l'œuvre de Moth, l'on pourrait également approcher ses images comme des séquences d'analogies résurgentes. Les usages de la photographie par des sculpteurs (Constantin Brancusi) ou des artistes conceptuels (David Lamelas) font parties des éléments de référence de Moth mais un détour par le cinéma expérimental (Hollis Frampton) ou l'emploi de la photographie par des écrivains (W.G. Sebald) peut-être utile pour nommer les sentiments provoqués par le travail de Moth. L'idée d'un "troisième sens", ni "obvie", ni "obtus" pour reprendre les expressions de Roland Barthes dans sa théorie du photogramme (1970) peut également être convoquée.
Récemment, c'est d'ailleurs vers le cinéma que Charlotte Moth s'est tournée. Elle a toutefois opté pour une troisième voie, celle du "photo-film", un slide-show avec sons et intertitres. La rue Mallet-Stevens à Paris au départ de La forme absente (2010), y est à la fois un espace de vie, un décor de cinéma possible (renvoyant aux activités de décorateur de Mallet-Stevens) et un lieu rempli des fantômes de l'avant-garde (la rencontre entre Man Ray et l'architecture de Mallet-Stevens à la Villa Noailles de Hyères).
Pour sa première exposition monographique dans une institution française, Charlotte Moth a été invitée à développer un projet spécifique. A partir des archives Raoul Hausmann (1886-1971) conservées à Rochechouart, l'artiste a entamé une réflexion sur le parcours intellectuel et photographique du dadaïste lors de son séjour à Ibiza de 1933-1936. Un intérêt qui l'a amené à développer un nouveau travail, débuté par un séjour sur l'île espagnole et développé ici sous la forme d'une installation dans le grenier du château.

Vue d'exposition. Musée d'art contemporain de la Haute-Vienne, château de Rochechouart. Photo : musée