Eduardo T. Basualdo  - Nervio


1er mars - 16 juin 2013

 

« Nous habitons cette zone intermédiaire, méditerranéenne, entre la gravité et le désir ».
Eduardo Basualdo, janvier 2013 (extrait du catalogue de l’exposition)

Le Musée accueille ce printemps la première exposition muséale de l’artiste argentin Eduardo T. Basualdo. Venu du monde du théâtre, marqué par la littérature et la psychanalyse, Eduardo T. Basualdo (né en 1977) imagine depuis maintenant près de dix ans des œuvres mystérieuses au surréalisme noir. En 2011, Le Silence des sirènes, création remarquée de la 11ème Biennale de Lyon, consistait en un paysage aquatique grandeur nature qui réunissait déjà les grands enjeux de son art, l’ambiguïté des formes naturelles et l’impact physique de l’œuvre. Au château de Rochechouart, l’artiste a installé plus d’une vingtaine d’œuvres – installations monumentales, œuvres cinétiques et lumineuses, sculptures et dessins – dont plusieurs inédites, comme Los Fantasmas, selon un parcours qu’il a pensé spécifiquement pour le lieu. Sous l’intitulé Nervio, il propose une expérience des limites, celle d’une corde qui se rompt, des tensions qui entourent un lieu, des barrières de notre conscience. Il confronte le visiteur à l’étonnante masse noire d’un rocher, le laisse entrer et sortir librement d’une cellule, le met face à des objets – verre d’eau, couteau, bougie, etc. – ou des éléments faussement naturels qui se meuvent d’eux-mêmes. Cheminer à travers ses œuvres devient un voyage inattendu, une invitation à repousser avec lui les limites du langage de l’art : comment recréer, et non représenter, les forces de la nature et de la conscience ?
Eduardo Basualdo sait jouer avec nos émotions, aussi bien l’humour que la peur, pour remettre en cause nos certitudes. Sculpteur de mondes inconnus mais aussi dessinateur, il met en scène dans ses théâtres d’ombres un sublime contemporain qui flirte avec l’apocalypse. Mettant la précarité technologique au service de l’étrangeté et de la poésie, il établit des équivalences psychiques à des phénomènes physiques. Pour cela, il détourne le cycle universel et naturel du monde pour lui rendre une force propre et autonome, sur laquelle l’humain ne semble plus avoir de prise. Quant à sa recherche autour des forces de la gravité et des roches, elle trouve particulièrement sa place sur le lieu même où a été construit le château de Rochechouart, impacté voilà quelque deux cents millions d’années par la chute d’une météorite.

Vue d'exposition. Musée d'art contemporain de la Haute-Vienne, château de Rochechouart. Photo : musée