Tomaz Furlan Wear Series au Musée d'art contemporain de la Haute-Vienne, Château de Rochechouart


28 février - 7 juin 2015


Le musée départemental d’art contemporain de Rochechouart accueille du 28 février au 7 juin la première exposition monographique dans un musée de l’artiste slovène Tomaž Furlan. Elle regroupe pour la première fois dans le Grenier du château les dix-neuf œuvres de la « Wear Series », aussi bien les machines-sculptures que les vidéos et les performances qui les mettent en scène. La première partie de la série avait été exposée partiellement à Manifesta IX à Genk (Belgique) en 2012.

En artiste inventeur-bricoleur, Tomaž Furlan (né en 1978) imagine depuis 2005 des instruments plus dysfonctionnels que fonctionnels. Prothèses encombrantes ou machines infernales, ses sculptures sont industrieuses, réalisées à partir d’objets de récupération ou de mousses protubérantes, et laissent visibles leur aspect bricolé et « do it yourself ». Ses sculptures que le spectateur peut expérimenter dans l’espace d’exposition, l’artiste en donne le mode d’emploi dans des films de démonstration pince-sans-rire, où le sérieux de l’action entre en décalage avec la réalité des objets inventés et où l’usage de musiques de film ajoute au sentiment d’incongruité. Ceux-ci sont des pièges à main, donnent des claques, deviennent un lit renversant plus proche de l’instrument de torture, tandis qu’il faut dorénavant mettre systématiquement une pièce de monnaie pour utiliser les objets les plus courants de son appartement.

Tomaž Furlan joue avec un quotidien étrangement standardisé. Il détourne également les gestes répétitifs du monde du travail, basés sur la mécanisation, dont il explore l’absurdité sur un mode tragi-comique au fur et à mesure de l’avancée de la « Wear Series ». Ses œuvres rappellent que, depuis les utopies modernes ou encore les développements technologiques des années 1950 et 1960, la création contemporaine a tenté de concilier le métier d’artiste et la figure de l’inventeur ou encore du mécanicien. Cependant, comme dans une lecture actualisée des Temps modernes de Chaplin, la machine est non seulement aliénante, mais elle est aussi devenue pauvre, aléatoire, et a bien égaré en chemin le rêve de progrès et de libération qu’elle portait en elle. Tomaž Furlan, avec son humour noir et critique, s’inscrit dans la tradition du burlesque muet à la Buster Keaton. Il concilie aussi de manière originale les ressorts d’une sculpture matiériste pauvre et malade à la force expérimentale de la performance et de l’art corporel. À chacun de faire l’expérience des sculptures-machines qu’il nous propose.

Vue d'exposition. Musée d'art contemporain de la Haute-Vienne, château de Rochechouart. Photo : musée